Le Carnaval des Mots

Nouvelles oeuvres

A partir du 23 mai 2019

de 11h00 à 19h00

du mercredi au dimanche

GALERIE20VOSGES

20 place des Vosges
75004 PARIS

« J’aime lancer des hameçons, souffler des bulles de savon, allonger des ponts, faire sourire… »

Qu’est-ce-qui m’inspire? L’Etre. Qu’est-ce-qui me passionne? l’aspect caché des choses. Le Carnaval des mots est une invitation pour une promenade joyeuse dans l’univers de chacun, dans la singularité des humains que nous sommes, là où l’on trouve des trésors enfouis, des perles précieuses, des perles de langage, une poésie qui nous révèle.
On aura deviné, bien sûr, mon intérêt pour la psychanalyse. Elle est, à mes yeux, soeur de poésie: une poétique de l’Etre.
J’aime lancer des hameçons, souffler des bulles de savon, allonger des ponts, faire sourire, offrir un résumé dans la fulgurance de ce j’aime nommer « un jeu de sens » plutôt que « jeu de mots » et laisser l’âme et le regard se poser pendant la promenade. La Psychanalyse est joyeuse!
Et, c’est en souriant que j’aimerais ici livrer un petit élément biographique: ayant perdu mon père à l’âge de 4 ans, je me souviens d’une enfance solitaire et boudeuse où je rapprochais de moi tout ce que je pouvais dessiner. Je passais de longues heures attachée aux détails que je percevais avec netteté et que je scrutais. Tout ce qui se trouvait à une distance d’un mètre à peine était flou: les objets, les êtres, les paysages… les feux rouges étaient comme des boules scintillantes dans le ciel, les camarades de classe ne voyaient rien de ce que je désignais et ce qu’elles montraient ne me permettait pas de les suivre… … Lorsqu’à l’âge de 10 ans, à mon arrivée en France, on me fit pour la première fois porter des lunettes, JE VIS, à ma stupéfaction, des miettes sur la moquette!
Je compris que du visible m’avait échappé, et je grandis, dès lors, soucieuse de fouiller et de trouver, de regarder, de comprendre, de faire surgir des images. C’est ainsi que je peins.

Déborah Chock

Jouer avec le sens est un jeu, un jeu joyeux. Mais la joie n’interdit pas pour autant la profondeur ; chercher dans les mots, une profondeur, la révélation ludique, grave parfois, de ce qu’ils nous cachent ou nous dérobent : le contraire de se mentir à soi-même : s’en faire des masques alors qu’ils sont des clefs si précieuses. Il y a chez Déborah comme une volonté de ne pas se laisser faire, ne pas se laisser prendre par les apparences du sens ; chercher plus loin que ce qui est entendu. Les mots comme les êtres, les uns usant des autres pour se révéler, revéler à sa propre conscience qui on nait dans les mots. Car à l’évidence, chez Déborah, il y a cette recherche, l’exploration de cette faculté d’accouchement qu’autorise le langage.

Le langage comme énergie, associé à l’énergie graphique, comme si le ton de la voix absente, trouvait dans le geste du peintre sa ponctuation, son inflexion, son grain, son sourire ou sa gravité. C’est la façon dont fonctionnent les mots et les images de Déborah Chock : sans s’illustrer, ils se complètent, ils forment un tout dont le sens sort renforcé, grandi, sublimé, remis en jeu, à jour. Pour cette exposition du Carnaval des mots 2, Déborah, la coloriste audacieuse est revenue au noir, à la puissance de cette couleur d’écriture et de magie : un noir profond pour faire chanter les mots, les bleus et les ors : langage tout en couleurs si on veut bien y voir, la danse joyeuse du sens remis à flot, porté par cette couleur aux infinis prolongements. Ce noir d’encre, mariage de la plume et du pinceau, noir écrin des poètes, des astres, de l’imaginaire, des rêves éveillés. Féeries du noir portées aux nues, mots à découverts, à redécouvrir, enluminés d’or et d’azur.

Peinture au fil de l’écrit, mots peints, de vive voix de couleurs vives ou intenses ; pinceaux doués de parole ; tels sont les premières tentations de mots qui viennent en y plongeant le regard. Deborah Chock ou de « peintes écritures »…
« Crire » sur la toile, comme il est écrit à même la matière, la lumière, le ressenti… Comme s’être affranchi du blanc embarrassant, harassant de la page, de la toile vierge. Peindre comme on écrit à même le matériau, écrire à même la couleur, écrire la couleur et l ‘élan, y tisser les sentiments d’une poésie vivante, comme entre corps et esprit dans le même espace temps de la toile…

Il n’y a pas chez Déborah Chock et l’écriture et la peinture, il y a ce même geste de la pensée simultanée, un même univers confondu dans la pâte comme en une terre fertile ; peindre/ écrire comme deux profondeurs, reliefs qu’ils se donnent l’un à l’autre, s’éclairant en retour. On ne peut pas regarder cette ?uvre picturale sans y lire, on ne peut pas y lire sans être transporté de matières et de couleurs en fusion, en état de grâce c’est-à-dire de conscience, de poèmes. Tracé, énergie intime de la main qui signe de mots « réinventés » la singularité de cet accord, de cette oeuvre sensible.

C’est bien d’une signature dont il s’agit. Comme authentifier une démarche à même sa représentation : mots portes ouvertes, mots déclencheurs, mots incitateurs, mots collisions, mots révélateurs… Car sur ces toiles les mots agissent portés par l’embrasement peint qui les révèle, leur donne une place à part, une place unique. On peut s’y retrouver ; fragments de sens, messages -bouteille à la mer : « ce mot là s’adresse à moi , je peux m’y reconnaitre » ou bien «  je sais à qui ce mot-là s’adresse, je peux en faire don ». La couleur, la composition, la théâtralité de la représentation où figure parfois la silhouette d’un porteur de sens, d’un passeur à figure humaine, à peine esquissé ou disons pas davantage qu’une écriture manuscrite. Chez Déborah, les figures sont aussi des calligraphies, j’écris l’homme quand je le représente, peut de différence au fond, comme si en un même geste, un même trait les rendait visiblement UN. La voilà la belle alchimie de ce que l’on pourrait appeler, ici, l’alliance du spirituel et « du jardin »… Cette dimension d’une réflexion sur l’autre et l’univers qui l’entoure et cette volonté de cultiver dans la matière, avec la main, dans la terre même des couleurs et des possibles, en un combat singulier, -alliage de doutes, d’intuitions, de patience, d’éclats et de sensualité véritable ; de la même façon qu’on travaillerait avec passion, pour soi, un lopin de terre tout aussi réel. Une belle nécessité de ce travail qui ressemble à celui d’une femme d’esprit reliée à la terre, en prise avec elle ; une artiste qui respire la peinture, une autre nature, fait corps avec elle, aimant se confronter à la magie du faire, c’est-à-dire du penser à mains nues, seule dans son atelier, laboratoire de toutes les solitudes productives.

Tableaux matière à être et matière à penser, « les peintures d’écrits, les pensées peintes » de Déborah Chock ont un pied dans la vraie vie des choses et des êtres et l’autre dans un imaginaire à la mémoire féconde, aux rêves encore intacts ; c’est ce qui rend ce désir de peinture tatouée à même la toile immédiatement parlant, attractif, intense, émouvant.
Dans le regard et là où il conduit…


Jacques Dor

Comme tout carnaval, celui de Déborah Chock offre une récréation, au sens d’une parenthèse enchantée, mais plus encore une RE-création car l’artiste ne transforme le vocabulaire, la grammaire, la syntaxe, que pour relire à nouveau l’alphabet de la vie. De fait, ce n’est pas tant un monde inconnu qui naît sous son pinceau que notre monde. Mais épousseté du quotidien, éloigné de ses sentiers battus, travesti d’un costume de fête ; bref, complètement revisité.

Tout le travail que Déborah Chock accomplit avec la langue française relève de cet art de la métamorphose. Car s’ils sont légion les bateleurs du vocabulaire, les jongleurs du verbe, les virtuoses du jeu de mots, elle les surpasse en ce sens qu’elle est une véritable voyante de la langue. Jouant sur les homophonies, elle associe des vocables (« Lis des livres et délivre », « Les plus beaux aiment les plus bohèmes », « N’être naître » ), les déconstruit (« Mère veilleuse maman », « Pas Vrai Ment », « Par Don »), transforme l’orthographe pour inventer de nouveaux sens (« On s’aimerveille », « Qu’est-ce père l’enfant ? », « Que nos cerveaux lents s’envolent » ) et, d’un seul coup, c’est comme si ces expressions nouvelles avaient toujours existé, qu’elles étaient là, sous la patine des siècles, mais qu’elle seule en avait eu la vision. De quoi rendre jaloux tous ceux qui se piquent de linguistique.

Ici, davantage encore que dans ses toiles où flamboient les couleurs, le choix d’une palette à la Soulages, le noir et le blanc dans leur pureté brute, donne toute sa force à ses messages-cadeaux qu’on croirait rédigés sur des ardoises.
Au fil des pages, Déborah Chock nous entraîne dans sa malicieuse sarabande. Les expressions jaillissent telles des étoiles filantes. Les impératifs se répandent avec la légèreté du pollen lancé aux quatre vents cardinaux. Les polices de caractère virevoltent, tantôt des lettres bâton trapues, tantôt des lettres penchées ou étirées graciles, tantôt des majuscules, tantôt des minuscules et parfois les deux.

Il est question d’amour, de livres, d’âme, de croire, de naître, de grâce, de don, d’envol… Un véritable feu d’artifice de poésie et d’intelligence.
Un vocabulaire réduit. Des phrases-éclair, Au final, ce minimalisme acquiert pourtant une densité insoupçonnée. D’autant plus qu’il est porté par un travail pictural lui même extrêmement sobre. Comme dans le reste de son œuvre, on retrouve l’épure : des formes stylisées de porches, de cahiers à spirales, de fenêtres, de miroirs ; des silhouettes humaines ; quelques traits de pinceau pour évoquer des visages ou simplement des yeux.

De temps en temps, l’artiste s’amuse à être plus figurative, allant jusqu’à crayonner un vélo pour illustrer son « Tand’Aime », une porte pour « Ouvrir m’apPorte » ou encore deux mains pour « Nos demains se rejoignent ». Et que dire de ce couple enlacé à la Chagall, couché comme suspendu dans le vide, avec cet admirable « Poèmes les peaux aiment d’amour » ! Car Déborah Chock est l’amie de tous les amoureux. Elle est l’amie des amoureux de la langue française. Elle est l’amie des amoureux de la vie.
S’il lui arrive d’évoquer de graves problèmes de société : le sida (« Même par amour tu nous suisSida ! »), nos excès de consommation («  Mouriture Trop de bouffe nourrit au nez »), le malaise des adolescents (« Les ados les adorés agissent ») ou encore la dépendance aux écrans (« Ecran t’es laid »), là encore l’inventivité de ses formules la -et nous- protège aussi bien du moralisme que de l’idéologie. Qu’elle réinvente la langue, les relations humaines, le regard ou la psychanalyse, tout reste empreint d’une fantaisie, d’une tendre folie que résume à merveille son « Croire en la magie sienne ».

La grammaire est une chanson douce, a écrit Erik Orsenna. Avec Déborah Chock, elle devient, en plus, un hymne à la joie (« Gai rire l’heureux m’aide »).
Tous les arts pourraient, de fait, s’appliquer à l’œuvre de Déborah Chock : la musique (des rimes), l’architecture (la construction des phrases), la danse (des mots), l’orfèvrerie (pour le ciselé), jusqu’à la gastronomie tant on sent de gourmandise à ces trouvailles littéraires et picturales ; mais ce qui s’en rapprocherait le plus est, peut-être bien, le laboratoire photographique. Les disciples de Nicéphore Niepce ou de Doisneau connaissent tous ce produit qu’on appelle le révélateur grâce auquel, moment magique s’il en est, la pellicule plongée dans une solution à base de sels d’argent, rend visible l’image cachée. N’est-ce pas exactement ce dont il s’agit avec les créations de Déborah Chock ? De révélation. C’est comme si, à force d’utiliser certains termes dans leur usage usuel, répétitif, ordinaire, nous étions devenus aveugles à leur imaginaire caché, leur potentiel de rêverie, la magnificence de leur don. Or voilà que grâce à cette alchimiste, l’écriture, reflet de la pensée, et le langage compagnon du corps, nous sont à nouveau révélés.


Chantal Joly

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